Syndrome du bébé secoué : reconnaître et protéger

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Le syndrome du bébé secoué appartient au spectre des traumatismes crânio-encéphaliques et rachidiens non accidentels de l’enfant. 

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Son diagnostic, sa prise en charge et son expertise médico-légale reposent sur une approche multidisciplinaire, dans laquelle chaque intervenant joue un rôle essentiel pour la survie, la protection et le pronostic fonctionnel de l’enfant.

L’imagerie constitue l’un des piliers de la démarche diagnostique. Elle peut être à l’origine de la suspicion initiale, contribue au diagnostic positif et différentiel, et permet d’établir un bilan lésionnel précis. Elle doit être réalisée en urgence, conformément aux recommandations des sociétés savantes française, européenne et nord-américaine.

Le bilan radiographique du squelette entier est indiqué chez l’enfant de moins de 2 ans, avec des clichés centrés sur les différents segments osseux. Au-delà de cet âge, les explorations sont orientées par les données cliniques et le contexte.

La tomodensitométrie crânio-encéphalique sans injection de produit de contraste constitue l’examen de première intention chez le nourrisson de moins d’un an présentant une suspicion de traumatisme crânien infligé. Chez l’enfant plus âgé, son indication dépend de son examen neurologique et des éventuelles lésions associées sur les radiographies, le fond d'œil...

La sémiologie radiologique est riche et dominée par les hématomes sous-duraux (HSD), dont certains signes sont particulièrement évocateurs comme son caractère multifocal et l’extension le long de la faux du cerveau et des tentes du cervelet.

Il convient de souligner que l’imagerie ne permettant pas de dater précisément un hématome sous-dural, son interprétation ne doit pas figurer sur le compte-rendu.

Les ruptures des veines ponts peuvent également être observées, sous la forme d’hyperdensités spontanées correspondant au signe « du têtard ».

Dans un second temps, le bilan est complété par une IRM encéphalique et médullaire en présence d’anomalie scanographique ou de symptôme neurologique inexpliqué.

Le protocole encéphalique comprend au minimum des séquences pondérées T1, T2, FLAIR, diffusion et une séquence de susceptibilité magnétique, permet notamment de rechercher des lésions hypoxo-ischémiques et des lacérations parenchymateuses focales décrites chez le très jeune nourrisson et contribue à distinguer les lésions des veines ponts des hémorragies sous-arachnoïdiennes et les hématomes sous-duraux d’un élargissement des espaces sous-arachnoïdiens.

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TDM crânio encéphalique d'un nourrisson objectivant des hématomes sous-duraux multifocaux bilatéraux fusant le long de la faux et des hémi-tentes cérébelleuses.

Texte

L’exploration médullaire repose sur des séquences T1, T2 et STIR à la recherche d’hématomes intra-canalaires et de lésions du complexe musculo-ligamentaire cervical postérieur.

Les diagnostics différentiels sont nombreux et justifient un bilan rigoureux, conformément aux recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS). L’identification d’une pathologie associée ou d’un diagnostic alternatif potentiel n’excluant toutefois pas la possibilité d’un traumatisme infligé.
Dans ce contexte, le radiologue occupe une place centrale, son compte rendu doit être précis, exhaustif et descriptif.

Le traumatisme crânien non accidentel nécessite toujours une prise en charge neuro-réanimatoire agressive afin de limiter les séquelles.

Les principales complications étant l’œdème cérébral et l’hypertension intracrânienne (HTIC), une surveillance par Doppler trans-crânien chez l’enfant conscient et une mesure de la pression intracrânienne (PIC) continue chez l’enfant sédaté sont systématiques.
En cas d’HTIC réfractaire, le traitement est neurochirurgical avec la mise en place d’une dérivation sous duro-péritonéale bilatérale (une ponction transfontanellaire pouvant constituer une mesure temporaire notamment en cas d’accès au bloc opératoire retardé).

La présence d’un hématome compressif peut justifier une évacuation chirurgicale et une craniectomie décompressive avec un large volet hémisphérique.
Les prélèvements réalisés au cours de ces gestes sont obligatoires, pouvant contribuer au bilan diagnostique avec la recherche d’hématies et différentiel notamment infectieux. 

L’expertise médico-légale soulève plusieurs difficultés, notamment celle de l’intervalle libre entre le traumatisme et l’apparition des manifestations cliniques, question déterminante pour la reconstitution chronologique des faits et l’identification du mis en cause.

Les données disponibles ne permettent pas de retenir l’existence d’un intervalle libre, si celui-ci est défini comme le délai entre le traumatisme infligé et les premiers symptômes. Toutefois, les symptômes immédiats peuvent être peu spécifiques, discrets et difficilement identifiables, particulièrement chez le très jeune nourrisson.

Par ailleurs, le retard de recours aux soins, décrit plus fréquemment dans les traumatismes infligés que dans les traumatismes accidentels, complique la reconstitution précise de l'anamnèse.

En conclusion, le diagnostic de traumatisme crânien non accidentel repose sur un faisceau d’arguments analysés de manière multidisciplinaire et ne constitue pas un diagnostic d’élimination.


JFR 2026 – Séance “Bébé Secoué : Back to science”

Orateurs

Dr Della Valle Valeria 
Service d’imagerie médicale pédiatrique
Hôpital Trousseau - APHP

Dr Beuriat Pierre Aurélien
Service de Neurochirurgie Pédiatrique
HFME Lyon 

Pr Savall Frédéric 
Médecin légiste et expert judiciaire
CHU Toulouse