Poignet sous toutes ses coutures :
Instabilités carpiennes, scaphoïde et douleurs ulnaires, le trio gagnant
Trois interventions, un même fil conducteur : comprendre la biomécanique du poignet pour mieux en lire les images. Cette session d'imagerie ostéo-articulaire a offert un panorama complet des pathologies carpiennes les plus fréquentes en pratique quotidienne.
Instabilités du carpe
Décrypter le continuum lésionnel. L'instabilité dissociative, largement dominée par l'atteinte du ligament scapho-lunaire et du complexe ligamentaire dorsal, reste la problématique la plus courante — et pourtant souvent sous-diagnostiquée. Les orateurs ont rappelé un point essentiel : une rupture isolée du ligament scapho-lunaire ne suffit pas à provoquer une instabilité de la première rangée du carpe. Il faut une atteinte associée des stabilisateurs environnants (DCSS, ligament scapho-triquétral dorsal) pour aboutir à un diastasis scapho-lunaire et une bascule en DISI. Ce continuum lésionnel, désormais bien caractérisé, constitue un guide diagnostique précieux pour rédiger des comptes rendus clairs et exhaustifs. Moins connue en début de pratique, l'instabilité non dissociative — notamment médiocarpienne (CIND) — a également été détaillée : un point clé à retenir est le rôle de l'extenseur ulnaire du carpe (ECU), seul muscle capable d'étendre et de proniser le versant ulnaire du carpe, agissant comme unique stabilisateur dynamique de ce compartiment.
Fracture du scaphoïde
Anticiper pour éviter la pseudarthrose. Le message est limpide : diagnostic précoce et prise en charge initiale adaptée conditionnent le pronostic. En cas de pseudarthrose avérée, l'évaluation de la viabilité vasculaire du fragment proximal devient déterminante pour le choix chirurgical (ostéosynthèse pouvant être associée à une greffe vascularisée ou non).
Sur ce point, la séquence T1 avant injection de gadolinium reste plus contributive que les séquences injectées pour préjuger de cette viabilité — un rappel pratique à intégrer systématiquement dans le protocole. Autre message fort : la complication ultime, le SNAC (Scaphoid Nonunion Advance Collapse), impose de dépister précocement toute atteinte cartilagineuse associée, car son pronostic fonctionnel conditionne directement la stratégie thérapeutique, de la résection du fragment distal jusqu'à l'arthrodèse des quatre os internes.
Douleurs du versant ulnaire
TFCC en première ligne. La classification de Palmer demeure la pierre angulaire de l'analyse du TFCC, mais la classification d'Atzei des déchirures Ib permet de mieux comprendre les instabilités radio-ulnaires post-traumatiques liées à une atteinte du TFCC. Une astuce technique à retenir pour dépister l'instabilité radio-ulnaire distale : rechercher une subluxation dorsale de l'ulna distale en pronation. Enfin, l'insertion fovéale du TFCC est la structure stabilisatrice la plus importante de l'articulation.
Elle est à rechercher systématiquement. Elle est aussi à rapprocher de l'entité plus récente de l'anse de seau (« sunglasses sign »), qui aide à comprendre certaines douleurs ulnaires persistantes après un traumatisme.
Un socle biomécanique pour une pratique plus sûre. Le fil rouge de cette session : la solidité des notions biomécaniques comme préalable indispensable à une lecture fine des images. Pour un jeune radiologue ostéo-articulaire, cette session a permis de consolider les repères sémiologiques classiques, d'actualiser les stratégies diagnostiques, d'affiner les protocoles d'imagerie et de mieux appréhender l'impact thérapeutique de chaque diagnostic — un tour d'horizon complet des pathologies du poignet rencontrées en pratique courante.
JFR 2026 – Séance « Imagerie ostéoarticulaire et poignet »
Orateurs : Nicolas Theumann et Olivier Hauger
Illustration du « sunglasses sign » en lien avec une anse de seau du TFCC.