Endométriose : du diagnostic à l’interventionnel, jusqu’où peut-on repousser les limites de l’imagerie ?
L’endométriose, pathologie chronique touchant environ 10 % des femmes en âge de procréer, reste un défi diagnostique et thérapeutique majeur. Lors des JFR 2026, plusieurs interventions ont souligné les progrès de l’imagerie dans sa détection, sa cartographie et sa prise en charge, tout en rappelant les limites inhérentes à chaque technique.
L’échographie : incontournable, mais non exhaustive
Conformément aux recommandations HAS 2025, l’échographie pelvienne endovaginale constitue l’examen de première intention. Ses performances sont élevées pour certaines localisations profondes, notamment ovariennes et recto-sigmoïdiennes, avec une sensibilité pouvant atteindre respectivement 93 % et 91 %. En revanche, elles diminuent pour les atteintes vaginales, vésicales ou des paramètres.
Trois principales limites ont été identifiées : spatiales, techniques et opérateur-dépendantes. L’endométriose superficielle, invisible dans près de 80 % des cas, demeure particulièrement difficile à diagnostiquer. Les lésions millimétriques, atypiques ou situées hors du champ d’exploration peuvent également échapper à l’analyse. L’utilisation de sondes adaptées, du doppler et des manœuvres dynamiques améliore l’évaluation, sans compenser entièrement ces limites.
Une échographie normale ne permet donc pas d’exclure une endométriose.
L’IRM : vers une cartographie toujours plus précise
Recommandée en seconde intention lorsque l’échographie est négative ou douteuse malgré une suspicion clinique persistante, l’IRM occupe une place centrale dans le bilan d’extension.
L’optimisation des protocoles, notamment grâce aux séquences 3D T2 isotropiques et T1 haute résolution, améliore l’analyse multiplanaire des lésions. Les nouvelles techniques de reconstruction assistées par intelligence artificielle visent à obtenir des images plus performantes, plus rapidement et avec une meilleure reproductibilité.
L’IRM permet notamment d'étudier les ligaments utérosacrés, le torus utérin, les compartiments latéraux, le rectum et les atteintes pariétales. Cependant, des difficultés persistent pour distinguer certaines adhérences, lésions fibreuses ou atteintes profondes discrètes.
La qualité de l’indication, de la préparation pré-examen et de l’interprétation demeure essentielle. En cas d’incertitude diagnostique, la confrontation clinico-radiologique et le recours à une expertise spécialisée sont indispensables.
La radiologie interventionnelle : traiter, mais savoir s’arrêter
La prise en charge interventionnelle des endométrioses pariétales constitue une alternative thérapeutique prometteuse, notamment par cryoablation ou ultrasons focalisés de haute intensité (HIFU).
La radiologie intervient désormais à toutes les étapes : diagnostic, cartographie préthérapeutique, guidage, traitement et surveillance.
Toutefois, l’indication doit être rigoureusement sélectionnée. Le volume lésionnel, la profondeur lésionnelle, les rapports avec la peau, le tube digestif et les structures nerveuses conditionnent la faisabilité du geste. Les complications potentielles, notamment digestives, imposent de reconnaître les situations où l’ablation doit être interrompue ou remplacée par une approche chirurgicale.
Conclusion
Cette session illustre l’évolution constante de l’imagerie dans l’endométriose, passée d’une logique de simple détection à une véritable stratégie de cartographie et de traitement personnalisé. Malgré les avancées technologiques, la connaissance des limites de chaque modalité, l’expertise de l’opérateur et la concertation multidisciplinaire restent les meilleurs garants d’une prise en charge pertinente et sécurisée.
JFR 2026 – Synthèse de la session « Endométriose : quelles sont nos limites ? »
Orateurs :
Dr Michèle MONROC Rouen
Dr Cendos ABDEL WAHAD Marseille
Pr Pascal ROUSSET Lyon
Dr Léo RAZAKAMANANTSOA Paris