Ce que l'IA change dans la relation patient-radiologue
Quelle place pour le radiologue dans la relation avec le patient, et comment l'intelligence artificielle peut-elle s'y inscrire ? Les données disponibles éclairent les attentes des patients et les questions que ces évolutions posent aujourd'hui à la profession.
Radiologue, médecin ou technicien ? Dans un micro-trottoir réalisé cet été, plusieurs passants associent encore le radiologue à un technicien plutôt qu'à un médecin. Cette perception se retrouve dans les outils d'IA générative : sur près de 1 400 images et vidéos produites par ces outils, le manipulateur est correctement représenté dans 80 % des cas, le radiologue dans un peu plus de la moitié. Ces représentations véhiculent aussi des biais familiers, avec une majorité d'hommes blancs, souvent en costume plutôt qu'en blouse, parfois munis d'un stéthoscope.
Une relation à construire
Le patient rencontre le plus souvent le radiologue au moment du rendu des résultats, un temps que les contraintes d'organisation rendent parfois difficile à dégager. Une revue de la littérature consacrée à la « scanxiété », l'anxiété liée aux examens d'imagerie, en analyse les causes sans aborder le rôle du radiologue, alors que la charte et le référentiel de la profession font de la consultation une part du métier. La relation est en outre triangulaire : le médecin correspondant, qui adresse le patient, y tient une place essentielle, et le partage des rôles dans la restitution des résultats reste une question ouverte.
Ce qu'attendent les patients
Les études sur le sujet sont peu nombreuses et parfois anciennes. Dans un hôpital universitaire italien, 45 % des 1 200 patients interrogés demandaient à voir le radiologue, une demande indépendante de l'âge ou de l'anxiété, mais plus fréquente chez les patients les plus diplômés. En médecine nucléaire, une étude française plus récente fait état de 73 %, avec pour principale motivation l'explication des résultats. Lorsque la consultation a lieu, 99 % des patients la jugent utile. Du côté des radiologues, une enquête menée auprès de 500 praticiens sur les découvertes fortuites identifie le manque de temps et d'espace comme premier frein. Certains s'interrogent aussi sur la capacité des patients à comprendre des informations complexes, ou estiment manquer de formation pour ces échanges, autant de pistes de réflexion pour la formation.
L'IA, une nouvelle donne
Les patients se montrent globalement favorables à l'IA, à condition qu'un médecin reste présent dans le parcours. Ils souhaitent être informés de son utilisation et savoir si l'outil et le radiologue convergent, ce qui invite à réfléchir à la manière d'expliquer d'éventuelles discordances. Plusieurs questions restent à approfondir : qui a accès aux résultats de l'IA, quelles modalités d'information privilégier (affichage, mention dans le compte rendu), comment répondre à un patient qui ne souhaite pas son utilisation, faut-il envisager une forme de consentement ?
L'effet de l'IA sur le temps médical reste par ailleurs débattu : le temps gagné pourrait être consacré aux patients, mais aussi absorbé par la hausse de l'activité. Ses apports sont en revanche attendus sur la pertinence des demandes d'examens, la programmation, la rédaction de comptes rendus plus rapides et structurés, leur reformulation en langage accessible pour le patient et le suivi des résultats critiques.