Retour sur la session france presents au RSNA 2025 - New frontiers in personalized and integrated oncological approaches: the french experience
L'édition 2025 de la Radiological Society of North America (RSNA) a offert une vitrine exceptionnelle à notre communauté radiologique française. Cette reconnaissance s'est traduite par une cinquantaine de résumés français acceptés pour des présentations au congrès, témoignant de la vitalité de notre recherche et de l'engagement de nos équipes.
La session "France Presents", organisée par la SFR et coordonnée par la Professeur Marie-France Bellin, a souhaité mettre en avant des présentations en oncologie pour démontrer la valeur forte des travaux français sur la scène internationale.
La radiologie oncologique française fait face à des défis considérables : avec plus de 400 000 nouveaux cas de cancer recensés chaque année et plus de 150 000 décès, notre système de santé doit conjuguer excellence diagnostique, innovation thérapeutique et contraintes budgétaires. Comment innover face à ces défis ?
1 - Dépistage personnalisé et stratification des lésions cancéreuses : optimisation de la prise en charge précoce des patientes atteintes de cancer du sein en france
Pr Isabelle Thomassin
Isabelle Thomassin a présenté les spécificités du programme français de dépistage du cancer du sein, qui se distingue par d'excellents résultats malgré la plus haute incidence mondiale.
- Excellence du programme français
Si la France détient en effet le plus haut taux d'incidence mondial du cancer du sein, elle affiche paradoxalement l'un des meilleurs taux de survie en Europe. Le programme français, lancé il y a 21 ans, combine dépistage national et individuel avec des résultats remarquables : 8 cancers détectés pour 1000 femmes dépistées et un taux de cancers d'intervalle exceptionnellement bas de 1 à 2 pour 1000 femmes.
La spécificité française réside dans l'intégration systématique de l'échographie pour toutes les patientes présentant une densité mammaire de grade C ou D, même en cas de mammographie normale. Cette approche explique les excellents résultats français, mais nécessite une évolution vers des techniques d'imagerie de contraste plus performantes.
- Révolution de l'IRM dans le dépistage
L'étude européenne DENSE, menée sur des patientes à seins denses, a démontré que l'IRM permettait de détecter 18 cancers supplémentaires pour 1000 patientes et de réduire de plus de 80% le taux de cancers d'intervalle. Ces résultats ont conduit la Société Européenne d'Imagerie du Sein à recommander en 2023 le dépistage par IRM pour cette population.
- Intelligence artificielle et prédiction du risque
L'intelligence artificielle ouvre de nouvelles perspectives pour la stratification des patientes. Les modèles d'IA de détection permettent de prédire le risque de cancer jusqu'à trois ans avant son apparition, en analysant l'évolution des scores sur plusieurs mammographies consécutives. Plus prometteurs encore, les modèles basés sur la radiomique extraient de nouveaux critères indépendants de la densité mammaire, permettant une classification plus précise que les facteurs de risque conventionnels.
L'initiative Drim France IA du Conseil National Professionnel de radiologie (G4), vise à développer une plateforme d'évaluation continue de ces algorithmes, répondant aux recommandations de surveillance post-commercialisation des dispositifs d'IA.
2 - Prédiction des lésions à risque cancéreux : radiologie et radiomique en france
Pr Laure Fournier
Laure Fournier a exposé les développements français en radiomique, discipline représentant un changement de paradigme fondamental en recherche radiologique.
- Méthodologie et innovation
La radiomique consiste en l'extraction d'un grand nombre de paramètres quantitatifs à partir d'images, sans hypothèse préalable, puis leur analyse par techniques d'apprentissage automatique. Les paramètres se répartissent en trois catégories : paramètres de forme, paramètres dérivés d'histogramme quantifiant l'intensité du signal, et paramètres de texture analysant l'organisation spatiale des pixels.
- Recommandations méthodologiques
Les recherches menées ont établi plusieurs recommandations cruciales : l'utilisation de multiples séquences IRM apporte une information complémentaire significative, chaque séquence révélant des caractéristiques spécifiques non interchangeables. L'évaluation comparative de 200 combinaisons différentes (9 algorithmes de sélection, 14 classificateurs) sur 10 jeux de données a identifié les forêts aléatoires et la régression logistique comme modèles les plus performants.
- Application clinique : cancers ORL et HPV
Une application particulièrement élégante concerne les cancers ORL liés au HPV. La radiomique a identifié un paramètre d'élongation capable de prédire le statut HPV avec une valeur prédictive positive supérieure à 90. Ce paramètre complexe a pu être traduit en critère visuel simple : la distinction entre tumeurs rondes et non-rondes, démontrant que la radiomique peut révéler des biomarqueurs visuels que l'œil humain n'aurait pas spontanément identifiés.
4 - Réduction des Risques Post-Traitement Anticancéreux : Détection Précoce des Myocardites chez les Patients sous Immunothérapie
Pr Alexis Jacquier
Alexis Jacquier a poursuivi cette session en présentant une problématique clinique majeure : la cardiotoxicité des inhibiteurs de points de contrôle immunitaire (ICI). Cette présentation a révélé des données alarmantes qui transforment notre approche de la surveillance cardiaque en oncologie.
- Épidémiologie et mortalité : des chiffres préoccupants
Les inhibiteurs de points de contrôle immunitaire ont révolutionné le pronostic de nombreux cancers, mais s'accompagnent d'effets secondaires cardiaques potentiellement létaux. Les données présentées révèlent que l'incidence des myocardites induites par ICI est inférieure à 1% pour un traitement unique, mais double en cas d'association thérapeutique. Plus inquiétant encore, la mortalité de cette pathologie atteint 40 à 50% des cas, soulignant ici l'importance cruciale d'une détection précoce.
- Cas clinique et spécificités diagnostiques
Un cas particulièrement intéressant pour illustrer ces propos : une patiente de 67 ans traitée pour un mélanome métastatique par nivolumab, développant après la troisième perfusion une insuffisance cardiaque avec élévation des troponines. L'IRM cardiaque a révélé un rehaussement tardif au gadolinium diffus avec une fraction d'éjection effondrée à 28%.
Le diagnostic repose sur les critères européens, mais les myocardites induites présentent des spécificités cliniques importantes : prévalence plus élevée de dyspnée, de troubles du rythme et de signes d'insuffisance cardiaque congestive comparativement aux myocardites virales.
- Optimisation temporelle du diagnostic
Un point crucial concerne le timing optimal de l'IRM cardiaque : l'incidence et la prévalence de l'œdème et du rehaussement tardif sont maximales vers le 7ème jour après les premiers symptômes, suggérant qu'il faut attendre quelques jours avant de réaliser l'examen pour optimiser la sensibilité diagnostique.
4 - Radiologie interventionnelle avancée dans les tumeurs abdominales : innovations robotiques en thérapie anticancéreuse
Pr Laurent Milot
Laurent Milot a conclu cette session par une présentation sur l'utilisation de la robotique en radiologie interventionnelle, démontrant comment l'innovation technologique transforme la prise en charge des cancers.
- Expérience française avec le système EPIONE
L'équipe lyonnaise utilise le système EPIONE de Quantum Surgical (Montpellier), composé d'une station de travail, d'une caméra et d'un bras robotique. Près de 300 cas ont été traités dans leur centre, incluant des interventions hépatiques, rénales, ganglionnaires et pulmonaires.
- Cas cliniques complexes
Plusieurs cas intéressants ont été présentés, notamment une lésion hépatique chez un patient obèse avec stéatose, nécessitant une ponction de 25 centimètres en un seul passage avec une précision remarquable, et des ablations multi-aiguilles pour des lésions centrales proximales des voies biliaires.
- Formation et transmission des compétences
Un aspect particulièrement intéressant concerne la formation : le système robotique permet à des internes de réaliser des procédures complexes avec une précision remarquable, comme l'insertion d'aiguilles IRE (Irreversible Electroporation) avec un alignement parfait respectant le parallélisme strict nécessaire à cette technique.
Conclusion
Cette session France presents a rappelé les défis importants de la radiologie oncologique en France, tout en montrant la qualité de notre recherche. Plus de 50 résumés français ont été acceptés au congrès RSNA, preuve du dynamisme de la radiologie française.
Les priorités sont : mieux former les médecins face aux nouvelles technologies, renforcer la recherche en radiologie et faciliter le passage des innovations à la pratique quotidienne. La radiologie française avance aussi grâce au numérique, aux réseaux régionaux de prise en charge du cancer et aux collaborations européennes, ce qui fait de la France un acteur important en imagerie oncologique.