Les enjeux éthiques du manipulateur contemporain
C’est en tenant compte de ce constat que nous interrogeons cette appellation professionnelle ainsi que ses pratiques en posant le questionnement suivant :
Le terme de manipulateur est-il toujours représentatif et en adéquation avec la réalité actuelle de la profession ?
Son nom vient du latin “manipulus” signifiant “poignée”, et dérivé de “manus,” “main”, dépeignant un métier à la fois manuel et technique.
L’origine et l’évolution de cette profession sont liées à la Grande Guerre en France ainsi qu’aux développements technologiques de la radiologie. Métier d’abord attribué aux médecins et aux photographes, il a fait l’objet de nombreux questionnements pour savoir qui devait pratiquer les radiographies. Antoine Becquerel et Marie Curie furent les premiers à former des infirmières comme techniciennes pour aider les radiologues dans leurs tâches.
En 1947, les postes d’infirmières-techniciennes se sont transformés en postes de « manipulateurs ». Puis, face aux progrès de la médecine, de la technique et de l’informatique, le métier a évolué rapidement. Ces derniers ont donné l’accès à une imagerie numérique qui, à partir des années 80, a complètement modifié le travail du manipulateur.
Mais si la rapidité de paramétrage automatique des examens numériques a permis un gain de temps grâce à une diminution de la manipulation dans le processus d’acquisition des images, elle a cependant ouvert la voie à une augmentation du nombre d’examens, une accélération des rythmes, provoquant une réorganisation de nos services d’imagerie et de nouvelles tâches pour le manipulateur.
Face à une diminution nette du temps relationnel du radiologue envers son patient, le manipulateur est devenu un « médiateur en communication ». Il informe le patient et doit être en mesure de discerner les informations nécessaires à donner au radiologue afin qu’il puisse interpréter les images dans des conditions optimales.
Ces actes de communication du manipulateur soulèvent cependant un questionnement éthique sur sa capacité à adopter un « mode de communication juste » pour le patient, ainsi que sur les « limites » et la « légitimité » des informations à transmettre.
Certains actes de soins initialement pratiqués par les radiologues sont désormais délégués vers les manipulateurs. Ces actes concernent les poses et changements de boutons de gastrostomie, de picc-lines, de sondes de néphrostomie, et nécessitent la mise en place de protocoles de coopération.
Ces délégations élargissent le champ d’action du manipulateur mais soulèvent des enjeux éthiques de responsabilité sur les générations actuelles et à venir comme :
L’extension de mon pouvoir procède-t-elle de mon devoir ? Ma liberté d’action débute-t-elle avec mon devoir ?
Enfin, une nouvelle forme de pratique de la profession apparaît face à la pénurie des professionnels de santé : la « télémanipulation ». Cette nouvelle manière de travailler n’évide-t-elle pas le rôle essentiel du manipulateur envers son patient ? N’impose-t-elle pas de nous interroger sur ce nouveau moyen devant la finalité de notre rôle ? Finalement, est-elle une solution ou une dérive face à la pénurie ?
L’interrogation éthique dans cet article interroge nos actions dans le cadre d’une profession qui évolue constamment.
Finalement le nom de “manipulateur” reste-t-il adapté à la profession ou celui de “technicien-soignant en radiologie et imagerie médicale” plus approprié, devant la diversité de son rôle ?
Viviane Scorletti-Perrier
Manipulatrice en radiologie
X-Ray Grésivaudan
50 Rte de Barraux
38530 BARRAUX
Doctorante en philosophie
Université de Tours
Laboratoire Éducation Éthique Santé