JFICV 2026 : Embolisation prostatique, de la reconnaissance aux nouveaux défis

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Initialement développée comme une alternative mini-invasive aux traitements chirurgicaux de l’hyperplasie bénigne de la prostate, l’embolisation des artères prostatiques a progressivement franchi les étapes de validation scientifique nécessaires à son intégration dans la stratégie thérapeutique. Son inscription récente dans les recommandations françaises marque un tournant : la radiologie interventionnelle s’inscrit désormais pleinement dans l’algorithme décisionnel des symptômes du bas appareil urinaire.

À l’heure de la standardisation des techniques, de l’optimisation de la sélection des patients et de l’essor des critères centrés sur les résultats rapportés par les patients, l’enjeu n’est plus seulement de démontrer l’efficacité, mais d’en garantir la pertinence et la durabilité. C’est dans cette dynamique d’innovation encadrée que l’embolisation des artères prostatiques sera discutée lors des JFICV 2026, à Lille, du 29 au 31 mai 2026.

L’embolisation des artères prostatiques (EAP) s’est imposée en une décennie comme une alternative mini-invasive crédible dans la prise en charge des symptômes du bas appareil urinaire (SBAU) liés à l’hyperplasie bénigne de la prostate (HBP). En 2025, un cap a été franchi : pour la première fois, l’EAP apparaît dans les recommandations de la Société Française d’Urologie (AFU) [1]. Cette étape marque la reconnaissance d’un niveau de preuve suffisant pour intégrer la radiologie interventionnelle dans l’algorithme thérapeutique de l’HBP, aux côtés des techniques endoscopiques et chirurgicales. C’est dans ce contexte que l’EAP fera partie des thématiques scientifiques discutées lors des JFICV 2026 (Lille, 29–31 mai).

De la faisabilité à la preuve : pourquoi 2025 change la donne

Longtemps, l’EAP a été perçue comme une technique “émergente” : prometteuse, mais hétérogène (critères d’inclusion variables, techniques non uniformisées, endpoints multiples). La consolidation est venue progressivement grâce à des cohortes structurées [2], puis à des essais comparatifs randomisés [3]. L’étude PARTEM, essai multicentrique randomisé français, a joué un rôle pivot en comparant l’EAP au meilleur traitement médical combiné. Elle a montré une amélioration symptomatique cliniquement pertinente (notamment sur l’IPSS) dans le bras EAP, tout en documentant un profil de tolérance compatible avec une diffusion encadrée. Au-delà du résultat principal, PARTEM a contribué à améliorer la communication avec les urologues : critères centrés patient, qualité de vie, trajectoires thérapeutiques et événements indésirables standardisables.

Une technique qui s’affine : imagerie, endpoints et materiel d’embolisation

L’EAP est une procédure dépendante de l’anatomie vasculaire. La variabilité des origines artérielles prostatiques et l’existence d’anastomoses avec les territoires vésical, rectal ou pudendal imposent une sélection rigoureuse et une expertise technique [4]. L’évolution récente se fait sur plusieurs axes : optimisation des stratégies angiographiques, recours élargi à l’imagerie per-procédure dans certains centres, et réflexion sur des endpoints plus reproductibles (progression de l’embole dans l’artère prostatique).

Parallèlement, les agents d’embolisation restent un champ dynamique. Les particules/microsphères constituent la base historique, mais des équipes explorent des approches combinées ou alternatives, notamment en contexte de ré-embolisation avec recanalisation de l’artère. Les embolique liquides (dans des indications ciblées et des mains expérimentées) suscitent un intérêt croissant : ils promettent une occlusion plus durable, mais soulèvent aussi des enjeux de contrôle de pénétration, de sécurité (non-ciblage) et de reproductibilité inter-opérateur [5]. Autrement dit, la technique progresse, mais elle doit le faire sans compromettre la tolérance qui constitue l’un de ses arguments majeurs.

Le verrou principal : mieux sélectionner nos patients

Si l’EAP est désormais reconnue, son efficacité n’est pas uniforme. Le besoin actuel n’est pas tant de “faire plus” d’EAP que de faire mieux, en identifiant les profils les plus susceptibles de répondre : phénotype symptomatique, volume et morphologie prostatique, contexte clinique (rétention, traitement médical préalable), faisabilité d’une embolisation bilatérale, et surtout caractéristiques vasculaires.

Dans cette logique, les travaux sur la perfusion ouvrent une piste intéressante : passer d’une sélection “anatomique” à une sélection plus “physiopathologique”. IRM précoce post-procédure, IRM de perfusion pré-procédure, et approches scanner ont été proposées pour relier perfusion, infarctus prostatique et réponse clinique [6]. Les résultats sont encore hétérogènes, mais l’objectif est clair : réduire les échecs, améliorer la durabilité, et mieux informer le patient.

Suivi et qualité : l’ère des PROMs

Enfin, l’EAP oblige à renforcer le suivi centré patient. L’IPSS et la qualité de vie ne suffisent pas : la sexualité, la continence, la reprise de traitement, la satisfaction et la trajectoire à long terme doivent être captées par des PROMs standardisés, à des temps fixes [7]. Cette structuration est indispensable pour comparer les pratiques, guider les recommandations futures et consolider la place de l’EAP face aux standards endoscopiques.

Aux JFICV 2026, l’EAP sera ainsi abordée comme un exemple emblématique d’une radiologie interventionnelle qui entre dans les recommandations… tout en continuant d’évoluer. Le message est simple : l’EAP est “mature”, mais son avenir dépendra de la qualité de la sélection, de la standardisation des résultats, et d’une collaboration étroite urologues–radiologues interventionnels.

Références :

[1]         Klein C, Anract J, Pinar U, Chevrot A, Della Negra E, Fassi-Fehri H, et al. Traitement chirurgical et interventionnel de l’obstruction sous-vésicale liée à une hyperplasie bénigne de prostate : revue systématique de la littérature et recommandations de bonne pratique clinique du Comité des Troubles Mictionnels de l’Homme. Progrès En Urologie - FMC 2025;35:266–87. https://doi.org/10.1016/j.fpurol.2025.08.001.

[2]         Frandon J, Belaouni A, Pellerin O, Thiounn N, Serrand C, Droupy S, et al. Efficacy and safety of prostate artery embolization for patients with lower urinary tract symptoms and indwelling urinary catheter: A retrospective multicenter study. Diagn Interv Imaging 2022;103:601–6. https://doi.org/10.1016/j.diii.2022.07.002.

[3]         Sapoval M, Thiounn N, Descazeaud A, Déan C, Ruffion A, Pagnoux G, et al. Prostatic artery embolisation versus medical treatment in patients with benign prostatic hyperplasia (PARTEM): a randomised, multicentre, open-label, phase 3, superiority trial. Lancet Reg Health Eur 2023;31:100672. https://doi.org/10.1016/j.lanepe.2023.100672.

[4]         Rostambeigi N, Sapoval M, Bilhim T, McClure T, McWilliams JP, Carnevale FC, et al. Standardized Technique for Prostatic Artery Embolization: A Delphi Consensus Study on Optimized Methods and Emerging Concepts. J Vasc Interv Radiol 2026;37:107902. https://doi.org/10.1016/j.jvir.2025.10.033.

[5]         Boeken T. Prostate artery embolization using liquid embolic agents: Is it the future or just a trend? Diagnostic and Interventional Imaging 2024;105:123–4. https://doi.org/10.1016/j.diii.2024.02.003.

[6]         Sammoud S, De Oliviera F, Kammoun T, Loukil H, Jelloun GTB, Ghabri S, et al. Predicting early clinical success of prostate artery embolization using MRI perfusion in benign prostatic hyperplasia. CVIR Endovasc 2025;8:46. https://doi.org/10.1186/s42155-025-00562-x.

[7]         Zamora V, Garin O, Suárez JF, Gutiérrez C, Guedea F, Cabrera P, et al. Comparative effectiveness of new treatment modalities for localized prostate cancer through patient-reported outcome measures. Clin Transl Radiat Oncol 2024;44:100694. https://doi.org/10.1016/j.ctro.2023.100694.