Détection échographique préopératoire de l’arteria lusoria et du nerf laryngé non récurrent : étude rétrospective.

Introduction :

L’arteria lusoria, variante anatomique rare souvent associée à un nerf laryngé non récurrent droit, augmente le risque de lésion nerveuse peropératoire en chirurgie thyroïdienne ou parathyroïdienne si elle n’est pas repérée avant l’intervention. L’étude évalue l’intérêt de l’échographie cervicale systématique avec recherche de l’image en Y pour exclure simplement cette anomalie, limiter les scanners inutiles et réduire les complications chirurgicales.

Méthode :

Nous avons analysé rétrospectivement le bilan d’imagerie préopératoire de 1406 patients présentant une hyperparathyroïdie primaire ou secondaire rénale, ayant bénéficié d’une TEP/TDM à la ^18F-fluorocholine (FCH) réalisée sur le même appareil et selon le même protocole dans notre centre entre mai 2016 et 2022. Parmi eux, 270 ont eu une échographie cervicale réalisée par un radiologue expert unique en imagerie ORL. Les études rétrospectives dérivées de cette base de données, sans interaction supplémentaire avec les patients, ont été approuvées par le comité d’éthique de notre institution.

Les 270 échographies cervicales expertes ont été réalisées afin d’identifier les glandes parathyroïdes, avec une évaluation systématique de la thyroïde. La présence ou l’absence de l’image en Y, définie comme la division de l’artère sous-clavière droite (ASCD) et de l’artère carotide commune droite (ACCD) à partir du tronc brachiocéphalique, était rapportée dans un compte rendu standardisé. L’image en Y était considérée comme présente en cas d’identification de cette division, et absente en cas d’impossibilité de l’identifier, suggérant alors une arteria lusoria.

Résultats :

L’analyse des scanners des TEP/TDM à la FCH dans l’ensemble de la cohorte de 1406 patients a révélé 22 arteria lusoria, dont 17 non mentionnées à l’échographie experte, soit une prévalence de 1,57 % (IC 95 % : 0,91–2,2).

Le sous-groupe avec échographie experte comprenait 270 patients, dont 74 % de femmes, avec un âge médian de 60 ans (IQR : 48–70). Le sex-ratio était de 2 en faveur des femmes, en lien avec le biais de sexe observé dans l’hyperparathyroïdie primitive.

L’analyse rétrospective de la composante scanner basse dose des examens hybrides TEP/TDM a confirmé 5 arteria lusoria sur 270 scanners, soit une prévalence de 1,85 % (IC 95 % : 0,24–3,46) dans ce sous-groupe. Cette prévalence ne différait pas de celle du reste de la cohorte (p > 0,6).

Au total, 11 patients ne présentaient pas d’image en Y à l’échographie. Parmi eux, 5 avaient une arteria lusoria confirmée au scanner, correspondant aux vrais positifs. Les 6 faux positifs étaient expliqués par des limites échographiques : surpoids dans 2 cas, goitre thyroïdien volumineux dans 2 cas, association des deux dans 1 cas, et division basse du tronc brachiocéphalique derrière le sternum dans 1 cas. Aucun patient avec image en Y n’avait d’arteria lusoria au scanner.

Les performances diagnostiques de l’échographie pour la prédiction de l’arteria lusoria étaient : sensibilité 1, spécificité 0,98, valeur prédictive positive 0,45 et valeur prédictive négative 1. L’exactitude globale était de 98 %.

Les 5 patients chez qui une arteria lusoria avait été détectée à l’échographie experte ont tous été opérés. Aucun n’a présenté de lésion nerveuse peropératoire ni de paralysie secondaire des cordes vocales. Parmi eux, 3 ont eu une résection d’une parathyroïde droite anormale. Les 2 autres ont été opérés pour des parathyroïdes gauches. Parmi les 17 patients chez qui l’échographie experte n’avait pas mentionné d’arteria lusoria, 9 ont été opérés, dont 8 avec exploration du côté droit, sans complication nerveuse rapportée.

Conclusion :

La détection de l’arteria lusoria, fortement associée à un nerf laryngé non récurrent droit, pourrait aider à réduire le risque de lésion nerveuse au cours des chirurgies thyroïdiennes et parathyroïdiennes. Une échographie systématique du cou et du médiastin supérieur avec recherche de l’image en Y permet d’exclure de façon fiable une arteria lusoria grâce à une VPN de 100 %. En cas d’absence d’image en Y, un scanner faible dose peut être proposé pour confirmer l’anatomie supra-aortique. Les principales limites étaient le caractère rétrospectif monocentrique, l’opérateur unique et l’absence de précision sur l’évaluation de l’origine directe de l’ACCD à partir de la crosse aortique.

Arteria lusoria 1.jpg

Figure 1 : Anatomie

a) Division normale du tronc brachio-céphalique (BCA) avec le nerf vague devenant le nerf laryngé récurrent (RRLN) avec un trajet vertical ascendant à la droite de la trachée.

b)  Arteria lusoria (AL) émergent directement de l’arc aortique et le nerf laryngé non récurrent (RNRLN avec un trajet horizontal.

Arteria lusoria 2.jpg

Figure 2 : Exploration échographie de la division du tronc brachiocéphalique.

a)  Image en Y reflétant la division normale du tronc brachiocéphalique (BCA). La sonde est positionnée transversalement à l’orifice cervico-médiastinale. Après identification de la carotide commune droite (RCCA), la sonde est orientée de manière caudale cherchant la division du tronc brachiocéphalique.

b) Absence de l’image en Y avec une carotide commune droite (RCCA) émergeant directement de l’arc aortique, et une artère sous-clavière droite présentant un flux antéro-postérieur.