IRM cérébrale et exposition chronique au jeu de tête : marqueurs structurels chez des footballeurs professionnels retraités
Introduction
Le football est le sport le plus pratiqué au monde. Des études épidémiologiques de grande ampleur suggèrent une augmentation du risque de troubles neurocognitifs chez d’anciens joueurs professionnels, posant la question des conséquences cérébrales à long terme des impacts crâniens répétés liés au jeu de tête. En imagerie, plusieurs marqueurs structurels ont été décrits dans des populations exposées aux traumatismes crâniens répétés : élargissement du septum pellucidum cavum, hypersignaux FLAIR de la substance blanche, atrophie de substance grise et microhémorragies. Leur caractérisation in vivo chez les footballeurs reste toutefois limitée.
Objectif
Évaluer les anomalies encéphaliques détectables en IRM morphologique chez des footballeurs professionnels retraités ou en fin de carrière, comparativement à des athlètes de haut niveau non exposés aux impacts crâniens répétés.
Méthodes
Nous avons conduit une étude prospective incluant 29 joueurs professionnels masculins (âge moyen : 44 ans) et 29 sportifs témoins (42 ans). Les sujets ayant un antécédent de commotion cérébrale étaient exclus.
Tous ont bénéficié d’une IRM cérébrale 3T et d’une évaluation neuropsychologique standardisée (~80 minutes).
Le protocole d’analyse IRM comprenait :
- une segmentation volumétrique manuelle du septum pellucidum cavum réalisée par trois radiologues en aveugle ;
- une segmentation automatisée des hypersignaux FLAIR de la substance blanche ;
- une analyse de l’atrophie par morphométrie basée voxel (VBM) ;
- un dépistage visuel des microhémorragies.
Les analyses statistiques ont été ajustées sur l’âge (et le volume intracrânien pour la VBM).
Résultats
Les footballeurs présentaient un volume du septum pellucidum cavum significativement augmenté par rapport aux témoins (21 mm³ vs 6 mm³ ; p < 0,001), différence persistante après ajustement sur l’âge, en faveur d’un effet lié à l’exposition aux impacts répétés plutôt qu’au vieillissement.
Ils présentaient également un volume accru d’hypersignaux FLAIR de la substance blanche (3892 mm³ vs 2833 mm³ ; p = 0,03), compatible avec des altérations microstructurales des faisceaux de substance blanche.
L’analyse basée voxel objectivait une atrophie focale de la tête du noyau caudé gauche (p < 0,001, non corrigé), après ajustement sur l’âge et le volume intracrânien. Cette structure, anatomiquement proche du septum pellucidum cavum, pourrait contribuer à son élargissement.
Aucune microhémorragie n’était détectée dans les deux groupes, résultat cohérent avec le caractère sous-commotionnel des impacts étudiés.
Sur le plan neuropsychologique, aucun déficit cognitif n’était mis en évidence chez les footballeurs.
Conclusion
Chez d’anciens footballeurs professionnels sans antécédent de commotion, l’IRM met en évidence des modifications morphologiques subtiles compatibles avec des effets cumulatifs d’impacts sous-commotionnels répétés, sans retentissement cognitif détectable à ce stade.
Des études longitudinales sont nécessaires pour préciser la valeur pronostique et la signification clinique de ces marqueurs neuroradiologiques.